L’histoire fabuleuse du thé, symbole de l’art de vivre marocain

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De la cuisine la plus rudimentaire au salon le plus chic, des rassemblements familiaux de tous les jours, aux grandioses festivités et réceptions, dans la littérature, l’art, la poésie, le zajal, le folklore et l’artisanat. Mais avant d’en arriver là, cette plante magique a parcouru bien des distances, de l’extrême Orient au Couchant lointain et mis du temps pour s’installer au cœur de la vie des Marocains.

L’histoire de l’introduction progressive du thé au Maroc est courte. Elle a à peine trois siècles. Une période durant laquelle le thé, venu de la Chine, est passé d’une boisson impériale à une boisson de notables, avant d’être généralisé à toutes les catégories sociales. Au même temps, tout un cérémonial et un savoir-faire s’est installé autour du thé, instaurant une tradition de consommation de cette boisson, typiquement marocaine. Derrière cette épopée, un événement majeur de l’histoire de l’humanité, à savoir l’ouverture, depuis le 15-ème siècle, de nouvelles lignes maritimes contournant le cap de bonne espérance, ce qui a permis de lancer le commerce du thé entre la Chine et l’Europe.

Valises diplomatiques

Mais plutôt que dans de vulgaires caisses débarquées sur des navires commerciaux, les premières graines de thé auraient foulé le sol marocain dans des “valises diplomatiques”. Selon des sources historiques, le thé fut parmi les précieux cadeaux que les ambassadeurs européens offraient au sultan du Maroc, à son entourage et à ses représentants locaux. L’histoire nous enseigne même sur le premier Marocain à avoir bu du thé et qui serait Zidane ibn Ismaïl, oncle du sultan Sidi Mohamed Ben Abdellah. Ses vertus thérapeutiques, son goût et sa saveur magnifique vite appréciés, le thé est rentré, vers la fin du 18è siècle, dans les traditions du palais. Cela lui attribuait une valeur importante en tant que plante précieuse dont la préparation fut entourée d’un véritable cérémonial, qui se transmettra progressivement vers l’entourage du sultan et les hauts notables.

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Ce cérémonial était délicat à tel point qu’apparut au sein des palais du sultan l’organisation des “Moualine Atay” qui devenait l’une des corporations intérieures qualifiée de première catégorie du palais. Elles furent placées sous la responsabilité de “Moul Atay”, qui occupait en même temps des fonctions politiques importantes. Le premier attributaire de ce poste était Ahmed Ben Lambarek, chambellan et wassif du Sultan Moulay Slimane (1790-1822). Pour que le thé franchisse les murs des palais et se généralise au Maroc, il a fallu une guerre, celle de Crimée, du nom de la presqu’île située au sud de l’Ukraine et qui a opposé de 1853 à 1856 l’Empire russe à une coalition comprenant l’Empire ottoman, le Royaume-Uni, l’Empire français de Napoléon III et le royaume de Sardaigne. Le blocus de la Baltique, interdisant aux marchands anglais les pays slaves, incita la Compagnie des Indes Orientales, qui assurait le commerce du thé entre la Chine et l’Europe, à rechercher d’autres débouchés commerciaux pour ses marchandises. Les ports marocains très proches de Gibraltar furent, alors, désignés pour acheminer le produit. Les comptoirs de Tanger et de Mogador (Essaouira) constituèrent alors les plaques tournantes du commerce du thé vers l’intérieur du pays et vers les territoires limitrophes. Ainsi, à partir des années 90 du 18-ème siècle, les Marocains devenaient consommateurs du thé plus que les Anglais. Les notables le buvaient parfumé à la menthe depuis 1789.

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Produit de consommation ordinaire

Vers la deuxième moitié du 19-ème siècle et avec la croissance rapide de son exportation, le thé considéré par la haute société comme un produit de luxe, devenait progressivement un produit de consommation ordinaire pour les masses populaires. La culture de boire du thé au Maroc entrait, alors, dans une époque florissante.

A partir des années 30 du 19-ème siècle, cette boisson réservée alors aux riches notables dans le milieu citadin, allait aboutir aux régions des grandes villes (entre 1860-1870) et se généralisait dans les milieux ruraux (1880-1892). Jusqu’à la moitié du 20-ème siècle, seules les familles aisées des médinas, douars et ksours disposaient du thé et de ses accessoires. Ainsi, le thé n’atteignit toutes les catégories sociales qu’à partir des années 40 du 20-ème siècle.

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Et la saga se poursuit aujourd’hui. Le thé, faisant appel à un cérémonial de préparation et de dégustation composé de gestes et de fonctions déterminés et à un savoir-faire artisanal, matérialise toutes les valeurs de solidarité familiale, d’hospitalité et de cohabitation qui font l’identité marocaine. Il véhicule également l’image d’un Maroc ancestral qui a été pour toujours ouvert à l’échange culturel et civilisationnel et d’une société capable d’assimiler les influences exogènes, tout en gardant son authenticité. Il s’agit là d’un patrimoine que le Maroc, l’un des premiers consommateurs et importateurs du thé à l’échelle mondiale, ambitionne de valoriser avec le projet très en vue du musée national du thé à Essaouira. Un pas important pour institutionnaliser une culture qui fait le quotidien de tous les Marocains.

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